Thomas Roussot

THOMAS ROUSSOT

Photo Thomas Roussot-Lob

Né d’un père russe et d’une mère française, Thomas Roussot a 43 ans aujourd’hui. Écrivain, philosophe, essayiste, poète, photographe, journaliste-citoyen, militant associatif et illustrateur, il a notamment publié une biographie consacrée à Bertand Cantat, une autre traitant de Friedrich Nietzsche, ainsi qu’un recueil cinéphilique. Il tient un blog, Parages indociles, réalise des chroniques sur le site Sens Critique, et anime un espace consacré à son travail photographique. Par ailleurs, il publie des articles traitant de l’actualité pour les sites de journalisme en ligne Agoravox et Mediapart. On retrouve dans Le Lob du destin les sujets de réflexion chers à l’auteur.

 

 


Comment t’est venue l’idée d’écrire ?
L’écriture ne m’est pas venue comme une option ou un loisir, mais plus comme un réflexe instantané déclenché par un débordement de sensations et d’idées, et ce dès l’enfance. En cours, j’écrivais des poèmes dans les marges de mes cahiers plutôt que de suivre  les instructions dispensées par les enseignants. L’écriture m’offrait donc une forme d’évasion, de fuite hors des contraintes normatives.
Elle m’accompagne depuis lors comme une amante irrégulière, parfois omniprésente, puis qui s’éclipse, me trompant avec l’ennui.

Parle-nous du Lob du destin, quelle est la genèse de ton roman ? Quelle est ta démarche littéraire ?
Ce fut un peu « l’occasion qui a fait le larron », je suis tombé sur l’annonce de la création des Éditions Salto via internet et cela a fait tilt, car cette ligne éditoriale alliant sport et littérature me semblait assez délaissée en France, j’ai donc assez logiquement souhaité intégrer cette aventure inédite.
Ce roman, même s’il est teinté  d’une tonalité très sombre et chaotique, est lié inconsciemment à quelques flashs d’enfance encore ouverts, la joie qui fuse dans les radios et télés en 1983, avec la victoire de Noah, des matchs sous la pluie, interminables, où j’entrais presque en transe en contemplant cette balle jaune rebondir à l’infini. Les rêveries liées à l’absurdité du jeu.

Pourquoi le tennis ? Es-tu sportif toi-même ?

Le tennis parce que c’est un sport terriblement psychologique, qui pose des questions de stratégie et d’esthétique se prêtant parfaitement à l’exercice du roman. Étrangement, je ne pratique pas le tennis, hormis sur des courts de campagne où j’aime répéter le geste du service Sinon, je pratique la randonnée et la marche sportive.

As-tu des lectures de prédilection ? Des auteurs ou des livres qui t’auraient marqué ?
Je lis beaucoup de philosophie, de textes religieux et de poésie.
Nietzsche, Don De Lillo, Foster Wallace, Nabokov, Gombrowicz, (qui abordaient par intermittence le tennis pour ces trois derniers).

Ton roman fut l’un des premiers publiés par Salto… alors « sport et littérature » , qu’en penses-tu ?
D’un point de vue strictement littéraire, le sport est une manifestation culturelle profondément adaptée au principe du roman, il contient en soi toute la dramaturgie et les rebondissements nécessaires pour captiver un lecteur. Ce sont nos derniers mythes populaire en quelque sorte, d’où toute cette effervescence médiatique  autour des grandes manifestations. Les médias devraient faire un effort de curiosité intellectuelle en abandonnant leurs œillères parfois condescendantes ou craintives  à l’égard du sport pour les uns, ou de la littérature pour les autres…

Enfin, question d’actualité : Roland-Garros a commencé, y a-t-il des joueurs que tu affectionnes ? Quelle image as-tu du monde du tennis ?

Je supporte Del Potro, je pense qu’il mérite amplement de gagner ce Grand Chelem, il revient de loin et est l’un des rares à pouvoir contrer l’écrasante domination de Nadal, qui force l’admiration par sa constance et sa détermination. Djokovic a accompli plusieurs années en mode extraterrestre, c’est un privilège d’avoir vu autant de champions hors-normes s’affronter au même moment. J’ai toujours apprécié les joueurs qui viennent  de nulle part et jouent différemment, sans forcément accumuler les titres mais en amenant leur singularité comme Chang, Pernfors, Rios, Mc Enroe, Mecir, Chesnokov, Mancini, Becker, Safin, Monfils, Paire, Fognini. Il y a des matchs qui restent gravés, comme Leconte/Sampras en 1991, quand l’impossible devient réalité, des ambiances de Coupe Davis, la magie de réaliser un truc insensé. J’affectionne tout particulièrement la grâce de Maria Sharapova. La beauté du revers de Gasquet, la fluidité de Thiem, oui, le tennis, c’est souvent une question de grâce. En tout cas celui qui retient mon attention. Après, tu peux avoir un truc de cogneurs qui dure 8H30, et c’est cool. Le tennis féminin a gagné en puissance et les matchs sont souvent plus intenses…
Le monde du tennis est devenu (comme tous les autres sports) très lisse et consensuel, avec des comportements et des jeux parfois stéréotypés. Et l’argent a pris un tel pouvoir (avec le monde des paris sportifs notamment), que je m’inquiète un peu d’une dérive vers quelque chose d’inauthentique.
En ce moment, je m’intéresse surtout à l’univers de … la boxe !