F. Kervarec

Editions Salto - Photo F. Kervarec - Attrape-Rêves

Né en 1982, F. Kervarec exerce depuis plusieurs années la profession d’avocat spécialiste du sport, un domaine méconnu à la frontière entre passion et enjeux économiques, juridiques et politiques complexes. Les relations qu’il entretient avec ses clients, mais également avec ses confrères, lui offrent un point de vue unique sur cet univers extraordinaire.

Voyageur et grand amateur de sport, il a vécu à Montréal et signe avec Attrape-Rêves un premier roman noir prometteur, deuxième au Prix des Étoiles 2017.

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Comment t’est venue l’envie d’écrire ? En général ? « Attrape-Rêves » en particulier ?

Être avocat, défendre des gens au cours d’une procédure judiciaire, c’est avant tout raconter des histoires et le sport offre pour cela un terreau fertile. A force de rencontrer des personnages étonnants, des situations improbables, irrationnelles, parfois grotesques ou dérangeantes, cela donne des idées et j’ai fini par avoir envie de les partager.

Le monde de l’écriture m’a, je crois, toujours fasciné : voyager, échanger, s’instruire, découvrir, puis coucher sur le papier une histoire issue directement de sa propre imagination. Pouvoir travailler de n’importe où dans le monde sans être contraint de rester cloîtrer entre les quatre murs d’un bureau. Tout cela me fait vibrer et à un moment, je me suis dit : pourquoi pas moi ? Question qu’on devrait se poser plus souvent à mon sens.

Tu es donc avocat spécialisé dans le droit du sport, peux-tu nous raconter un peu ton métier, les dossiers que tu traites ?

En droit du sport, l’avocat est amené à intervenir auprès de nombreux acteurs, sportifs, entraîneurs, clubs, agents, fédérations ou encore sponsors, et dans de très nombreux domaines. Pour un joueur, je peux par exemple être amené à l’assister sur la négociation et la rédaction de son contrat de travail avec son club, comme je peux l’épauler lors d’un divorce, d’un investissement immobilier ou d’un excès de vitesse. Cela nécessite d’être polyvalent et d’avoir une bonne culture juridique sur de nombreux domaines. Je me déplace beaucoup pour rencontrer des clients et je plaide aux quatre coins de la France. Cela me permet de voir du pays ! En étant avocat, je peux aussi, par ma position, découvrir le sport de haut niveau de l’intérieur, car il faut bien avouer que mes qualités athlétiques ne m’y auraient jamais autorisé.

Pourquoi le hockey ? Es-tu sportif toi-même ? T’intéresses-tu à ce sport, à son actualité ?

Je voulais situer l’action de « Attrape-Rêves » lors d’une rencontre sportive et, comme je vivais à Montréal lors de l’écriture du roman, le hockey s’est imposé tout naturellement. Pendant la saison, toute la ville vit au rythme du Canadien et la ferveur est telle que certains bars et restaurants vont jusqu’à placer des écrans dans les toilettes pour que les clients ne manquent aucune action.

En ce qui concerne ma pratique du hockey, je suis déjà allé à la patinoire plusieurs fois pour simplement patiner et je me rappelle avoir joué au hockey sur gazon à l’occasion de mes cours de sport au collège, mais je n’ai jamais combiné les deux ! Plus sérieusement, j’ai commencé par le football et le judo, pour définitivement basculer vers le basket vers 12-13 ans. Un sport fantastique, que je pratique toujours.

Je suis régulièrement l’actualité du hockey, en France et en NHL. C’est un sport spectaculaire et très technique que j’ai toujours aimé depuis que je l’ai découvert enfant dans ma région d’origine, en assistant à des rencontres des Dragons de Rouen.

Raconte-nous un peu la genèse et l’écriture de ton roman qui avait d’abord été auto-édité chez Librinova ? 

Je l’ai écrit en étant totalement plongé dans l’ambiance montréalaise pendant un an. Cela a grandement facilité mon travail pour les descriptions de la ville, qui est un personnage à part entière du roman. L’idée était d’embarquer les gens avec moi pour leur faire arpenter les rues de cette ville extraordinaire et leur faire découvrir les dessous du sport professionnel avec ma propre vision. J’avais la trame du roman en tête depuis de nombreuses années et des thèmes me tenaient à cœur : la violence dans le sport, qu’elle soit physique ou psychologique, le côté business du sport dans ce qu’il peut avoir de cynique et malsain, la difficulté de se faire sa place dans ce monde ultra compétitif et exigeant. La réalité est heureusement moins sombre que celle qui est décrite dans « Attrape-Rêves », mais je regrette parfois que certains acteurs du secteur sportif oublient la part de rêves, de dépassement de soi et de fraternité qui devrait guider toutes les pratiques sportives pour y substituer des intérêts purement économiques.

Une fois le roman terminé, j’ai très vite eu envie d’aller plus loin, que mon livre « existe ». Et de le tester aussi auprès d’une audience plus large. L’auto-édition a permis cela, avec de premiers retours positifs et, cerise sur le gâteau, un prix lors de la remise des Prix des Etoiles Librinova en février 2018. Chaque nouvelle étape de la vie du roman est une découverte merveilleuse et la publication du roman chez SALTO en fait indiscutablement partie.

Pourquoi as-tu choisi le roman noir comme genre littéraire ?

L’idée de départ était notamment de faire découvrir les dessous du sport à travers les yeux d’un avocat exerçant dans ce secteur, mais les règles déontologiques, le secret professionnel surtout, s’opposaient radicalement à l’auto-biographie ! Il fallait donc nécessairement faire appel à la fiction et, dès lors que je voulais aborder la face sombre du sport, le genre du roman noir s’est imposé de lui-même. Je pense que mes lectures n’y étaient pas étrangères.

As-tu des lectures de prédilection ? Des livres ou auteurs qui t’auraient marqué ou inspiré ?

Dans le genre du roman noir, j’ai bien aimé la série des « Myron Bolitar » créée par Harlan Coben et qui aborde de nombreux aspects de l’industrie du sport et de ses dérives. Hors sport, mais toujours dans le roman noir, j’apprécie particulièrement les romans de Cary Férey puisqu’ils

abordent des thèmes qui me passionnent : le voyage, l’histoire des idées politiques ou encore le traitement des minorités dans certains pays. La fibre bretonne y est sans doute également pour quelque chose !

Je me plonge très régulièrement dans des écrits de voyage, Stevenson, Twain, London, Bouvier, Kerouac, Tesson… Je ne me lasse pas de parcourir les lignes de ces écrivains qui ont vécu jusqu’au bout leurs rêves de voyage, chacun à leur façon. Enfin, comment ne pas citer des auteurs tels que Hemingway, Exley, Tesich. Je réalise que la littérature américaine occupe une place importante dans ma bibliothèque.

Enfin, « littérature et sport », qu’en penses-tu ?

Le sport, quel que soit le niveau de pratique ou l’époque, offre un champ infini à l’imagination et constitue un miroir grossissant de notre société : santé, éducation, égalité femmes/hommes, économie, géopolitique. On peut citer par exemple le comportement des sportifs avec les supporters ou les médias, la désignation des villes candidates à l’organisation des grandes compétitions, la place occupées par les sportifs dans la société et les positions politiques et sociales qu’ils peuvent être amenés à prendre (la position prise par le joueur de foot US Colin Kaepernick pour la défense de la communauté afro-américaine aux États-Unis est à ce titre particulièrement parlante). Le sport en dit beaucoup sur les dynamiques de notre monde et les questions de société centrales à une époque donnée. La littérature ne pouvait que s’en emparer. Je pense que le sport, sans doute perçu comme une activité opposée à l’activité intellectuelle par certaines personnes, devient un sujet plus sérieux et intéressant qu’il n’y parait et qui touche toutes les facettes de nos vies.

Et pour finir, y-a-t-il quelque chose dont tu n’aies pas parlé dans cette interview et qui te tienne à cœur ? Fais toi plaisir !

Je profite de cette dernière question pour aborder la question des communautés autochtones au Canada. J’ignorais tout de l’histoire de ces communautés ou de la façon dont les personnes originaires des Premières Nations étaient vues dans ce pays et plus précisément au Québec. Une visite au musée m’a ouvert les yeux sur cette question qui est, je pense, largement méconnue des Européens. Je m’y suis ensuite intéressé et j’ai découvert qu’outre l’épisode terrible des pensionnats, la place des communautés autochtones soulevait encore de nombreuses problématiques dans la société canadienne d’aujourd’hui. En s’y intéressant, on s’aperçoit vite que cela doit nous amener à nous questionner sur notre vision du monde, et sur la place des communautés et des minorités dans la société.

Sport, histoire, société : un mélange intéressant pour un futur roman…