Bruno Colombari

BRUNO COLOMBARI

Bruno Colombari-12 juillet

Né en 1966, Bruno Colombari est journaliste et travaille dans la communication pour une collectivité territoriale. Spécialiste passionné de l’équipe de France de football, il y consacre un site, Chroniques bleues, et coécrit le Dico des Bleus à paraître le 25 octobre 2017 aux Éditions Marabout. Il tient également le site Imaginaires dédié à la création littéraire. 12 juillet est son deuxième roman.


Tu es journaliste, tu as déjà écrit quelques romans, tu tiens deux sites Internet… Quel est ton rapport à l’écriture ? Quelle est la différence entre l’écriture journalistique et l’écriture littéraire ?

Mon rapport à l’écriture… J’écris tout le temps, en fait. Et peut-être plus que ce que je parle, même si je ne me suis jamais amusé à mesurer ça. Écrire est un moyen d’expression naturel et facile pour moi, depuis toujours. J’aimais beaucoup envoyer des lettres aux gens, et maintenant avec les mails, c’est démultiplié ! On peut faire passer tant de choses en quelques mots… J’aime bien adapter mon style à mon interlocuteur, par exemple, c’est une sorte de jeu. Écrire, c’est un plaisir, jamais une corvée. Sauf quand c’est pour des démarches administratives, bien sûr.

Je suis venu à l’écriture de fiction bien après avoir été formé à l’écriture journalistique et l’avoir pratiquée pendant longtemps. Or, ce n’est pas du tout la même chose. Quand tu apprends le métier de journaliste, on te dit qu’il faut faire court, s’en tenir aux faits et ne pas donner ton avis. Dans la fiction, c’est le contraire : il faut prendre le temps d’installer un décor, une ambiance, décrire les personnages, jouer avec le temps et l’espace.

Quand j’étais au collège, j’adorais l’histoire-géo, en plus du français. C’est-à-dire les matières où tu apprends les notions de temps et d’espace. Écrire un roman, c’est dilater le temps, le contracter, accélérer, ralentir. Et zoomer sur un petit point insignifiant, quelques mètres carrés de terrasse dans la colline, puis faire un travelling arrière qui couvre un stade immense ou une foule en liesse sur une avenue.

Quelle est la genèse de 12 juillet ? Comment te sont venues l’envie et l’idée d’écrire sur cet événement ?

Au début des années 2000, j’ai eu envie de m’essayer à l’écriture de fiction, mais je ne savais pas vers quel genre aller.

Ce qui me venait le plus facilement, c’était de raconter un match de foot sous plein d’angles différents. Le souvenir du 12 juillet 1998 était encore chaud, je me suis dit que ça pouvait être un bon point de départ. Mais je voulais que le match ne soit que le fil conducteur du récit, le moteur narratif.

Et surtout, j’avais envie d’un récit avec des narrateurs alternés, un peu comme des témoins qui racontent tous le même événement mais qui n’ont pas vu la même chose, parce qu’il y a le filtre de leur propre histoire et de leur état d’esprit du moment.

Quelle place occupe le football dans ta vie ?

C’est assez bizarre. Je m’y suis intéressé assez tard, vers neuf-dix ans. J’ai regardé les Verts à la télé, j’ai écouté les matchs à la radio, puis j’ai pratiqué de 11 à 16 ans comme arrière droit, mais j’avais du mal à me situer dans le groupe, les entraînements étaient pénibles, les terrains caillouteux. J’ai passionnément aimé la génération Platini, qui m’a fait autrement plus vibrer que celle de Zidane. Puis, de 86 à 96, en entrant dans l’âge adulte et en ayant des enfants, je m’en suis éloigné.

J’y suis revenu un peu avant 98 sous l’angle des stats et de l’histoire, avec plus de recul et un intérêt renouvelé. Ça m’a amené à travailler avec les Cahiers du football, puis à lancer le site Chroniques bleues qui a pris une ampleur que je n’aurais jamais imaginée.

Quelles sont tes lectures de prédilection ? Est-ce que des auteurs ou des livres t’ont inspiré pour l’écriture de 12 juillet ?

Je lis autant de fiction que d’essais historiques, politiques ou sur les médias, au moins trois ou quatre livres par mois, souvent deux en même temps, et si possible des pavés. J’aime beaucoup les auteurs américains contemporains comme James Lee Burke, Paul Auster, Dennis Lehane, Stephen King, RJ Ellory…

Les lectures de Victor Hugo, Mark Twain, George Orwell ou Victor Serge m’ont beaucoup marqué aussi.

Pour 12 juillet, je me suis inspiré des techniques d’écriture de Nancy Huston (pour Dolce Agonia) ou Russell Banks (De beaux lendemains) avec leurs narrateurs alternés. J’en parle dans le roman, d’ailleurs.

Après le Dico des Bleus, as-tu d’autres projets d’écriture ?

Oui, mais je manque vraiment de temps. Le Dico des Bleus m’a mobilisé depuis un an et demi, la réécriture de 12 juillet est venue s’ajouter à ça, et mes deux sites sont chronophages… Une fois les dernières relectures du Dico terminées, fin août, j’avais deux options pour le prochain manuscrit. Partir à zéro sur une histoire ou retravailler un précédent manuscrit. C’est finalement une troisième que j’ai retenue, à savoir me servir du texte d’une nouvelle écrite en 2011 comme d’un synopsis. L’histoire se passera dans un train, le temps du trajet. Donc en allant d’un point à un autre, l’espace, pendant une durée définie, le temps. On y revient toujours !

Enfin… « Littérature et sport », qu’en penses-tu ?

Le champ est très vaste, il y a vraiment de quoi faire. L’histoire du sport est tellement riche qu’on peut puiser dedans et y trouver son bonheur, et s’amuser à décliner un événement sportif avec plein de genres différents : le polar, le récit d’initiation, la rencontre amoureuse, et même, pourquoi pas, la science-fiction et l’uchronie. J’ai d’ailleurs dans un coin de la tête quelque chose autour de Séville 82, on verra plus tard si ça devient un roman ou pas.