Bernard Couraud

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Bernard Couraud est un ancien joueur, entraîneur et militant du handball. Poète à ses heures, il est d’ailleurs auteur de deux recueils de poésie. Sensible et rigoureux, il porte un regard passionné et à la juste distance sur son club : le HBC Nantes. La rédaction de À plus d’un titre – Histoire(s) du HBC Nantes fait de lui le greffier d’événements du passé. Il tente de faire émerger l’éternelle jeunesse d’un club qui pourrait vieillir trop vite si l’on ne prenait pas le temps de se prendre au jeu de la lecture en filigrane d’un patrimoine du rebond nantais.

 

L’histoire du HBC Nantes : quelle a été la genèse de ce livre ? 
Le HBC Nantes est un club qui s’est construit depuis 1953 en cheminant à travers plusieurs quartiers de la ville. Son histoire est liée à l’évolution d’une grande métropole. Elle s’appuie sur l’engagement de nombreux personnages qui par leurs compétences et leur abnégation ont réussi à faire grandir ce club. Il est peu banal d’avoir accueilli le premier joueur professionnel de handball (un Danois en 1957) et de se retrouver aujourd’hui grand d’Europe avec, entre temps, des périodes de presque haut et souvent de bas. Ils sont nombreux les anciens joueurs qui sont restés fidèles à ce club, leur club, même quand les résultats étaient en berne. En 1998 quand les dirigeants, qui avaient connu le souffle de l’extinction finale (1991) se sont lancés le pari d’accéder en première division dix ans plus tard, il fallait une certain dose de motivation et d’espoir dans leur projet.
Ce livre est une histoire singulière et depuis l’accession dans l’élite en 2008, le « H » comme est appelé affectivement ce club, prend le temps de mûrir. À ce jour il a remporté une fois tous les titres nationaux à l’exception du championnat. C’est une belle histoire qui s’est dessinée et qui mérite d’être découverte. Même les plus anciens ont appris, à la lecture de l’ouvrage, des faits historiques dont ils ignoraient l’existence.

Peux-tu nous expliquer le travail pour le livre ?
Sachant que le club ne disposait d’aucun documents, j’ai décidé de consulter les archives des journaux nantais de 1950 à nos jours. Pendant trois semaines, cinq heures par jour, j’ai recherché la plus petite anecdote relatée dans la presse qui concernait le club ou le handball nantais.
Les fondateurs du club sont décédés mais il me fallait retrouver ce qu’était le handball au milieu des années 1950. J’ai décidé de prendre l’attache d’un ancien Président de la Fédération Française de handball (Jean-Pierre Lacoux) qui est la mémoire vivante de notre sport.
J’ai réalisé 80 interviews, enregistrées et retranscrites dans leur intégralité. Ces temps d’échange d’une heure trente à deux heures ont été de véritables moments de partage, de découvertes ou de recoupements d’informations. Les plus anciens ont toujours démontré un fort attachement aux couleurs violettes et jaunes. J’ai essayé de glaner des photos lors de chaque échange.
Il m’a fallu envisager l’écriture de l’histoire du club et non l’histoire telle que je la pressentais. Ce fut, du début à la fin de belles rencontres, des retrouvailles et parfois des moments « émotionnels » d’une grande force. En ce qui concerne les portraits, j’ai demandé une validation des textes aux intéressés pour être au plus juste de ce chacun m’avait confié.

La dernière étape qui consiste à un travail d’orchestration de l’ouvrage (le choix de la couverture, des photos, de l’agencement des textes), tout ce qui parait simple au lecteur est un savant équilibre à trouver. Le travail d’équipe réalisé avec l’éditeur et avec l’infographiste a été remarquable. Je tiens à les remercier.

Quelle place occupe le handball (et plus généralement le sport) dans ta vie ? 
Le handball est une passion qui remonte à l’enfance. J’ai débuté dans un club modeste sur les bords de la Loire, à proximité de Nantes. Un enseignant d’EPS m’a donné le goût et la passion de cette discipline. Ensuite, je n’ai plus quitté la petite balle badigeonnée de résine.
A l’âge de 16 ans j’ai obtenu mes premières sélections régionales où je me suis lié d’amitié avec plusieurs joueurs du HBC Nantes. Après la 3ème, j’ai intégré la section sport études de Nantes. J’ai pris tout naturellement une licence au HBC Nantes. Je pratiquais en parallèle l’athlétisme en club avec quelques résultats intéressants en sprint. L’appel du sport collectif a été le plus fort.
Rapidement j’ai décidé de me former pour entraîner des jeunes. Ce fut le début d’une dizaine d’années d’investissement dans l’entraînement. J’ai décidé ensuite d’intégrer une dimension sportive plus large en intégrant une collectivité locale de la région parisienne. J’ai prolongé mon cursus universitaire en STAPS. J’ai clôturé ma formation avec le diplôme de l’INSEP et un DESS « Direction de structures et d’organismes sportifs ».
A ce jour je reste attentif à l’actualité sportive en général et à celle du handball en particulier. J’ai toujours un regard bienveillant pour le HBC Nantes. J’ai de l’admiration pour ce collectif de bénévoles, pour la plupart anciens de la maison violette et jaune, qui s’affaire à chaque match pour proposer au public un accueil et un spectacle de qualité.

Aujourd’hui, quelle est la place du HBC Nantes dans le paysage sportif (local, national, et international) ?
Sur le plan local le HBC Nantes a trouvé son public. C’est en France le meilleur public de l’hexagone (plus de 100 000 personnes en une année) depuis plusieurs années. Actuellement pour une jauge de 4 500 places, le club compte 2 000 abonnés. Dans la métropole nantaise et dans la région des Pays de la Loire, le « H » est le club qui évolue au plus haut niveau de performance. Il devient un véritable phénomène sportif dont on parle. Il entre petit à petit dans le patrimoine nantais.
Le HBC Nantes s’est également fait un nom en Europe et une image auprès des joueurs. Sans discontinuer depuis la

saison 2010 – 2011, le HBC Nantes évolue en coupe d’Europe et a déjà disputé,  dans sa jeune carrière, deux finales européennes.
Le club a franchi un cap en 2016 – 2017en participant pour la première fois à la Champion’s league avec une élimination en 1/8ème de finale par le PSG qui sera finaliste de la compétition. Des joueurs de renom ont intégré l’équipe depuis 7 ans. Le sérieux du projet, l’image dégagée par le club, les résultats, l’engouement du public pour ce sport à Nantes réussissent à convaincre.

Et la littérature… Tu es poète, tu écris. As-tu des auteurs ou des œuvres de prédilection ?
L’écriture et la littérature sont une seconde nature chez moi. J’aime les poètes qui donnent les images de la réalité avec simplicité, ceux qui emportent le lecteur dans un univers qui parle au plus grand nombre. Près de moi, René Guy Cadou, poète de mon enfance et de ma région, Pierre Reverdy mais également Vladimir Maïakovski, poète à la vie chaotique dont je recommande la biographie (La vie en Jeu). J’apprécie également la littérature scandinave contemporaine. Il y a un côté rafraîchissant dan l’écriture. Les histoires sont souvent de belles trouvailles. Les personnages ont toujours un relief particulier qui tient en haleine le lecteur.

Enfin… « Littérature et sport », qu’en penses-tu ?
La littérature se cantonne à mon goût trop souvent à un registre déjà exploré sans rechercher nécessairement à innover. Le sport est un genre en devenir. Les livres des marins de renom qui ont sillonné les mers du monde sont des succès de librairie. Il semble nécessaire de surfer sur la vague sans tomber obligatoirement sur la biographie rédigée à la va-vite de tel ou telle star du sport parce qu’elle fera vendre.
En France, le sport n’est pas considéré véritablement comme un outil d’éducation mais comme un simple loisir ou une distraction que l’on peut s’autoriser à regarder. Il est avant tout perçu comme un spectacle. C’est sans doute une difficulté pour devenir un genre littéraire à part entière. Et pourtant il y a tant d’histoires de femmes et d’’hommes à raconter ou à romancer. Les sportifs sont des personnages à sculpter, ce sont potentiellement des personnages de roman. Ils écrivent leur propre histoire, de nouvelles histoires faites d’exploits et de déconvenues. En sport, du quotidien à la dramaturgie des grandes compétitions il y a un champ exploratoire remarquable à investir.