Benoît Decock

BENOÎT DECOCK

Benoit Decock-Fausses pelles

L’aviron a été pratiqué avec ferveur par Benoît Decock, durant plusieurs années. Ancien compétiteur, il a été champion de France et International Espoirs. Aujourd’hui, il n’y a rien qu’il aime tant que de faire du sport en pleine nature, sur l’eau, dans la forêt, en compagnie de ses amis. Après des études d’histoire il travaille dans l’administration du sport. Fausses pelles est son premier livre.


Quelle place occupe l’aviron dans ta vie ?

Une place énorme ! J’ai commencé l’aviron à l’âge de 13 ans. Voila plus de 30 ans que je pratique ce sport. Aujourd’hui, j’embarque toujours au moins une fois par semaine et j’entraîne quelques jeunes rameurs.
L’aviron m’a appris la rigueur, l’exigence, le dépassement, si ce n’est pour soi sinon pour ses équipiers. Mais il m’a donné aussi une forme de fantaisie et un côté contemplatif : la rivière est le lieu du bonheur en bas de chez soi, on y apprécie les lumières, les reflets, les odeurs. Un terrain de sport peint par Renoir ! Glisser sur l’eau douce, c’est ça la vie douce. Peut-être même que j’aime l’aviron avant tout parce qu’il me permet d’aller sur le rivière. Pour moi, la rivière est peut-être plus importante que l’aviron finalement.

Comment te sont venues l’envie et l’idée d’écrire « Fausses pelles » ?

Je crois qu’en arrêtant la compétition je voulais revire encore mais d’une manière différente les sensations, la douleur et les plaisirs de l’effort physique, le plaisir de la glisse sur l’eau. Parce que tout est passé trop vite. Ça s’est fait par la littérature, qui n’était au départ qu’un simple plaisir personnel et puis en accumulant des pages je me suis laissé tenter par l’aventure de la publication.

As-tu des lectures de prédilection ? Des auteurs ou des livres t’ont-ils inspiré pour écrire « Fausses pelles » ?

Parce que j’écris des nouvelles et parce que je

rame, on peut bien sûr trouver une certaine filiation avec Maupassant.
Mais j’ai commencé à aimer la littérature lorsqu’un ami professeur m’a offert Le hussard bleu de Roger Nimier, un texte drôle, insolent et tragique. Ensuite j’ai été frappé par l’écriture de Louis-Ferdinand Céline. Charles Bukowski m’a appris que l’on pouvait écrire des nouvelles avec trois fois rien, il faut juste ne pas tricher.

Si tu devais sélectionner deux ou trois nouvelles dans ton recueil, lesquelles choisirais-tu ?

Ce serait un choix difficile. Certaines rappellent des moments que j’ai vécus, je ne peux pas le nier. Sorties collector évoque justement ce plaisir simple d’être sur l’eau. Finale E transforme un moment absurde et humiliant en une leçon à jamais retenue. La douce musique des disques de fonte est une rencontre surprenante dans un climat d’autodérision. Parfait ou trop con ? est la plus courte, dans une économie de mots, elle dit beaucoup de choses. Papier de verre évoque les mains des rameurs et quiconque a ramé un peu comprend de quoi il s’agit.

Nomination pour le Goncourt de la Nouvelle, critique de Pierre Assouline, pré-sélection pour le Grand Prix Sport et Littérature… imaginais-tu un tel « succès » pour « Fausses pelles » ?

Je crois que le mot succès est exagéré, disons que le livre a été remarqué et tant mieux. La lecture de la critique de Pierre Assouline a été pour moi un grand moment de bonheur. Non,

je ne m’attendais pas à tout ça, mais pour être honnête je dois dire que si j’ai osé faire la démarche d’être publié, c’est parce que j’avais la conviction que le texte en valait la peine. Je ne l’aurais pas fait sinon.

Enfin… « Littérature et sport », qu’en penses-tu ?

La présence du sport dans les médias existe essentiellement par la presse sportive qui pour l’essentiel, ou tout au moins sa partie la plus visible, ne s’intéresse quasi exclusivement qu’à la compétition et aux succès… ou aux fiascos retentissants.
C’est un point de vue très réducteur. Le sport est souvent l’occasion de grandes histoires et j’ajoute même de moments de poésie. La nécessité de l’action laisse peu de place à la poésie, mais une fois l’effervescence passée, c’est toujours bon d’y revenir et de s’y attarder. Le sport a donc toute sa place dans la littérature et dans la culture en général ; plus que jamais ! Je pense que le sport est trop peu souvent  évoqué dans l’art par exemple. Les peintres Gustave Caillebotte  ou l’Américain Thomas Eakins avaient représenté l’aviron en leur temps, mais ces rencontres me semblent assez rares. Le cinéma nous en propose de temps en temps quelques unes particulièrement réussies.
D’une certaine façon d’ailleurs je pense que le sport fait partie de la culture, car selon les intentions et les attitudes qui s’expriment au travers du sport, on révèle ce que l’on est, qui l’on est et d’où l’on vient. Si les artistes nous procurent des émotions ou nous donnent à réfléchir, les sportifs procurent aussi des émotions et proposent du rêve.