Antonio Pereira

ANTONIO PEREIRA

Antonio Pereira-Des Bleus

Auteur résidant à Versailles, Antonio Pereira, ancien consultant en informatique, se consacre désormais entièrement à de nouveaux projets où l’écriture trouve toute sa place (nouvelles, pièce de théâtre, roman). Il est l’auteur du blog Le Café de la Page blanche, un café-blog participatif, où tout est prétexte à écrire. Passionné de rugby, il a également créé le blog Les brèves d’Ovalie. Il y suit et y partage avec beaucoup d’enthousiasme les compétitions majeures du ballon ovale. On retrouve dans Des Bleus à la belle étoile, sa première publication, l’esprit et le dynamisme du blog.


Comment vous est venue l’envie d’écrire ? En général et « Des Bleus à la belle étoile » en particulier ?

Jouer avec les mots a toujours été ma motivation première. Je pense qu’on est plus créatif quand on s’amuse. C’est comme en sport, j’ai toujours préféré courir après un ballon, comme quand je jouais au foot, gamin, avec ses contraintes, ses règles, et un but surtout. J’imagine le meilleur chemin pour y parvenir, les plus beaux gestes, des actions constructives, avec un toucher stylé, si possible. Et voilà un match écrit comme un chapitre, une saison comme un roman, un entraînement comme un brouillon. La métaphore était facile.

Depuis 2010 j’entretiens deux blogs, un sur l’écriture créative, l’autre sur le rugby, une passion que je partage avec des amis. Le besoin de commenter, de critiquer, de m’enthousiasmer aussi, sur chaque compétition est venu en même temps, comme une évidence. Et c’est en suivant le périple de cette équipe de France, menée par un Saint-André exaspérant, que m’est venu le besoin d’exorciser ces frustrations de matches inaboutis, cette amertume d’un potentiel gâché, partagés par beaucoup sur les forums. Des Bleus à la belle étoile avait germé dans ma tête, à six mois de la Coupe du monde 2015. Et si on la prenait en main cette aventure, nous tous, derrière nos frustrations ? Pedro allait devenir notre porte-parole, portant notre colère d’abord, puis une réflexion tout du long sur ce qu’est le rugby et le véritable but d’une telle aventure humaine.

Quelle place occupe le rugby dans votre vie ?

Je suis né sans héritage sportif, mon père, ma famille, n’étaient pas branché sport. Je suis tombé dans le foot à 13 ans, par hasard, parce qu’il manquait des joueurs dans l’équipe locale, la passion de ce sport ne m’a plus quitté jusqu’à l’écœurement d’un système motivé par l’argent et où le jeu sur le terrain ne me faisait plus vibrer.

Les années 2000 allaient me faire rencontrer un autre sport que je mettrai bien dix ans à appréhender parfaitement. Le rugby. Pour moi ce jeu était intelligent, stratégique et portait des valeurs qui me parlaient (engagement, humilité, solidarité…).

C’est comme quand j’ai découvert le tarot au lycée. Je n’avais plus envie de jouer à la belote où la seule stratégie se résumait à la donne.

J’ai suivi toutes les coupes du monde puis participé à des voyages entre potes chez les Britanniques pour suivre le tournoi des VI Nations. Le jeu, l’ambiance, ont balayé définitivement mon intérêt et ma persévérance à rester devant un 0-0 footballistique jusqu’à la 90ème minute.

Aujourd’hui le rugby est une passion, une interrogation aussi, vu comment ce sport a la faculté de suivre les pas du système pro du foot avec tous ses travers, ses démons financiers. Mais je pense bien tenir au moins jusqu’à 2019 et la prochaine Coupe du monde.

Cela fait deux ans que « Des Bleus à la belle étoile » est sorti, avez-vous d’autres projets d’écriture ?

Joyeux anniversaire ! Deux ans, déjà. Premier roman pour moi et pour Salto, je suis doublement fier. En fait, ce n’est pas tout à fait mon premier roman, car j’avais écrit quelques nouvelles et une pièce de théâtre en 2014 qui n’ont pas trouvé d’éditeur et que je compte reprendre prochainement, autrement.

Aujourd’hui, septembre 2017, je finalise un nouveau roman que j’ai mis un an à écrire, un projet qui me tenait à cœur depuis quelques temps et qui m’a amené à revisiter l’univers de Bruce Springsteen à travers le concert du 11 juillet 2016. L’idée du livre pourrait se résumer à « comment un concert du Boss peut faire basculer votre vie ». C’est ce qui va se produire pour cet Écossais de 57 ans qui se trouve là par hasard et dont la vague de chansons qui déferle dans l’antre de Bercy le ramène quarante ans en arrière, de Glasgow aux Highlands.

Avez-vous des lectures de prédilection ? Des auteurs ou des livres qui vous auraient marqué ?

Je ne suis pas un grand lecteur. Mais j’ai comme livre de chevet Paroles de Prévert. J’aime pouvoir l’ouvrir à n’importe quelle page et me laisser submerger par sa poésie.

Cyrano de Bergerac  de Rostand est autant une référence pour moi que les dialogues d’Audiard. Sinon je suis venu sur le tard à une lecture plus régulière avec les Malaussène de Pennac, quelques Eric-Emmanuel Schmitt, Vian, Camus. Côté portugais, j’adore Les chroniques de António Lobo Antunes ou encore Le livre de l’intranquilité de Pessoa qui me parle profondément sans que j’en saisisse tout le sens (un mystère, ce type).

Dernièrement, lié à mon projet d’écriture, j’ai découvert William McIlvanney et son personnage Laidlaw qui me feront découvrir un autre Glasgow.

Enfin… « Littérature et sport », qu’en pensez-vous ?

Le mariage de l’esprit et du corps avec un projet commun, le jeu.

Écrire, pour moi, c’est jouer, je vous disais. Des mots que vous mettez l’un derrière l’autre pour courir après un but, une histoire qui emballe le lecteur depuis sa tribune.

Et blablabla, et blablabla, Hugo, Zola auraient pu être des coureurs de fond ou des tricoteurs de ballons, comme Pelé ou Messi.

Le sport ouvre des horizons encore peu exploités par les maisons d’éditions qui se contentent de documentaires et biographies bien souvent ternes. Comme si le roman n’avait pas besoin d’un peu d’exercice physique. Bien au contraire ! Salto nous le prouve, avec bien plus d’audace que les collections estampillées « sport » de ses concurrents.

On peut raconter une histoire d’amour, d’aventure, qui sait, même de pirates, comme une épreuve, une course, un match, avec tous les ingrédients que nous offrent la pratique d’un sport et ses compétitions.

Et parce qu’il y a le jeu au centre même du sport, je pense que la littérature pourra retrouver plus d’insouciance et d’amusement encore qu’elle n’en procure, amenant un public plus large où pourront alors se confondre, en chacun, l’intellectuel et le sportif.