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Nicolas de Préville de retour à Méjannes : rencontre entre amis…

Attaquant de Lille, auteur de 14 buts en Ligue 1 cette saison, Nicolas de Préville était de passage à Méjannes le Clap, son village gardois (et siège des Éditions Salto). Après une première saison lilloise réussie, malgré un transfert qui s’est fait attendre, et quelques blessures, et avant de (enfin) partir en voyages de noces, « Nico » a pris le temps de discuter avec nous. Une rencontre entre souvenirs d’enfance, passion boulimique pour le football, expériences de vie, bonheur et lucidité…

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Nico de Preville-LoscNico de Preville-Reims
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Allez hop, c’est parti ! Bon, déjà Nicolas, cela n’arrive pas souvent, donc ça fait plaisir de te voir, surtout ici, à Méjannes le Clap, là où nous nous sommes rencontrés. Tu as des souvenirs de tes premiers matchs et premiers ballons ?

Bien sûr, oui. On allait jouer sur le Champ de Mars (ndlr : un champ-terrain de football situé derrière la mairie du village). C’était vraiment des moments de football plaisir, des moments simples. On prenait un ballon, et on se retrouvait à quatre, cinq, six. Si on pouvait, on faisait un match. C’était vraiment un moment de détente, on faisait un saut à la piscine puis on allait au terrain de foot, puis on retournait à la piscine… Les vrais premiers souvenirs que j’ai de Méjannes, c’était tout ça.

On parle assez souvent avec d’autres copains, et on se souvient : tu avais 5-6 ans quand on s’est connus sur le terrain de foot, nous étions un peu plus âgés. Et déjà, à l’époque, tu voulais être joueur de foot. Comme nous tous… Plus tard, à 10-12 ans, tu écrivais dans tes rédactions « Je veux être footballeur… » Et tu as réussi !

Oui, tout petit déjà, je rêvais d’être footballeur. Comme beaucoup c’est vrai. J’ai été bercé par la génération de 98. J’avais 7 ans à l’époque, et j’avais des étoiles plein les yeux en voyant la France gagner la Coupe du monde. Il y avait aussi des tournois à Rousson, et on rencontrait Laurent Blanc qui était champion du monde… Le football était déjà une passion, mais tout ça n’a fait qu’accroître mon rêve et mes envies. Ça a été un objectif très tôt et je savais déjà ce que je voulais faire de ma vie… Tout le monde n’a pas eu cette chance, et j’en suis conscient, mais c’est un vrai bonheur.

De tout notre groupe d’amis, nous ne sommes que trois à avoir le sport au cœur de notre métier : toi, en tant que joueur de foot, moi, en tant qu’éditeur sportif, et Gaëtan, en tant que professeur et entraîneur au Centre de Formation du Montpellier Hérault…

Oui, c’est vrai, et c’est drôle d’y penser. En tout cas, à chaque fois qu’on se retrouve, on parle ballon ! Comme quoi, même 15 ans après, certaines choses ne changent pas…

Justement, avec Salto, on a sorti un livre appelé 12 juillet, écrit par Bruno Colombari, autour de la Coupe du monde 98. Quels sont tes souvenirs de cette époque ?

Comme je te disais, j’ai baigné dans cette génération Coupe du monde. Même si je n’avais que 7 ans, je l’ai vraiment vécue : la finale, le stade de France… Et puis, au-delà de moi, ça a eu un impact énorme sur le football en France. Toute cette génération nous a marqués : Zidane, Laurent Blanc qui est du coin, Aimé Jacquet… J’ai de très bons souvenirs, en plus à 7 ans, tu ne vois pas tout ce qu’il y a derrière, tout le côté bling-bling du foot, les interviews, etc. Ce n’est que du plaisir ! Ce sont les meilleurs souvenirs de mon enfance.

Ah ouais ?

Oui, carrément !

Un joueur t’a vraiment marqué de cette génération ? Un joueur qui t’aurait inspiré pour la suite ?

Inspiré, non. À l’époque, on avait tous des idoles. Un coup, c’était Laurent Blanc parce qu’il était de la région. Zidane, parce que c’était le meilleur joueur du monde… Et un peu plus tard, par mon poste, j’aimais Thierry Henry, et plus généralement tous les frenchies d’Arsenal à la fin des années 90 et au début des années 200. J’ai donc été un grand fan d’Arsenal à cette époque !

Bref, je n’avais pas vraiment d’idole. Mais je suis quasiment sûr de pouvoir citer les 23 de 98 (les 22 en fait).

Et après 98 ? Quels événements liés au football t’ont vraiment marqué ?

Je suis très attaché à notre nation, à notre maillot, au coq, donc j’ai suivi chaque événement, chaque match, et encore aujourd’hui. Après 98, il y a eu la victoire de l’Euro 2000. C’était super aussi, mais déjà je prenais plus conscience de l’importance du football. Et puis après, ça a été moins drôle. 2002, 2004 où on ne fait pas un bon Euro, 2010… Et 2006… on a eu de la chance, je pense.

J’ai en tout cas suivi toutes les équipes de France depuis 98.

Au niveau des clubs, France 98 m’a aussi lancé. À un moment, je ne ratais pas un match de foot.

Même en Ligue 1, ou en première division, comme on disait à l’époque.

En parlant d’équipe de France, je pense à l’Euro 2016. Tu joues à Lille donc avec Eder, joueur portugais qui a marqué contre l’équipe de France le but vainqueur…

C’est un mec adorable, gentil, ouvert… Il a pris sur lui toute la saison, et on en parlait pas trop, mais on sentait que cela pouvait l’atteindre à certains moments… Nous, on ne comprenait pas. Il a fait gagner son pays ? Qu’est-ce-qu’il a fait de mal ? Rien. On essayait de le défendre, face aux journalistes, aux supporters. Mais pendant toute la saison, il n’y a pas un stade français où il ne se faisait pas siffler ou huer… Sauf à Bastia, dont les supporters n’aiment pas trop l’équipe de France et où il a même reçu une ovation. C’est dommage en tout cas. Il avait fait six premiers mois en France exceptionnels, et il était vraiment amoureux de ce pays. Je ne suis pas sûr que ça soit encore le cas aujourd’hui.

Justement, l’équipe de France, tu y penses un peu ? Certains joueurs, comme Griezmann, ont ton âge…

Oui, et d’autres qui sont beaucoup plus jeunes même, comme M’Bappé. Mais non, je n’y pense pas particulièrement. Bien sûr, cela reste un rêve. Mais avec mon parcours, disons atypique, cela n’est pas une obsession. Tu sais, je pars de tellement loin, qu’être là où je suis aujourd’hui, c’est déjà énorme. Mon objectif, c’est d’être meilleur à chaque match, de prendre du bonheur, du plaisir. Et puis ma foi, si ça arrive, je le prendrai avec plaisir !

Nous aussi ! Attends, tu finis ta saison en Ligue 1 avec 14 buts…

On sait jamais !

Tu as un parcours linéaire, progressif : les centres de formation, Istres, Reims, puis Lille. Tu rêves d’un autre club ?

Quand j’étais plus jeune, je pouvais idéaliser d’une équipe. Lyon, par exemple, dominait le championnat de France et me faisait rêver. Ou Arsenal, avec tous les Français qui y jouaient… Mais quand tu es joueur de foot, je pense que tu ne peux plus rêver. Tout est question de niveau mais aussi d’opportunités, de chance. Tu peux avoir une blessure… Tout est possible donc je suis « à la cool ». Je suis dans un bon club, et j’ai envie de progresser et de faire de grandes choses avec ce club.

Tu es un boulimique de foot… Tu lis un peu la presse, l’Équipe, France Football, So Foot… ?

Au début, oui. Je faisais très attention aux critiques, aux notes. Est-ce qu’elles étaient positives ou négatives… Mais plus j’avance, et plus je me détache de tout cela. On peut sentir un manque d’objectivité de la part des journalistes. À l’Équipe, par exemple, un ou plusieurs journalistes suivent le club toute l’année, qui n’est pas forcément leur équipe de cœur. Et, parfois, on sent que ça touche leur jugement. Après, ce n’est que mon point de vue, hein. Mais parfois l’équipe, ou un joueur, se fait descendre dans un média alors que le journaliste ne connaît pas toutes les données. Je sais que c’est pour créer le buzz… donc je lis ou je regarde de moins en moins la presse sportive.

Ceci dit, j’aime bien les émissions ou les médias un peu décalés, du style J+1 qui met à l’honneur des personnages qu’on ne connaît, que le grand public ne connaît pas. Mais je m’intéresse beaucoup aux monuments du foot. Si un article paraît sur Totti, sur Zidane… Là, oui !

Et au-delà de la presse, ça t’arrive de lire des bouquins sur le foot ou sur le sport, ou de regarder des films ?

J’avoue, je ne suis pas un grand lecteur. J’aime beaucoup la BD, donc j’en lis souvent. Après, elles ne tournent pas particulièrement autour du foot ou du sport. Ceci dit, j’ai lu il y a peu, la BD Footage de gueule de Julien Cazarre. Et ça revient à ce que je disais tout à l’heure, j’aime parce que c’est décalé, un peu fun.

Après, je m’intéresse à tout ce qui est « histoire » donc un film qui va s’intéresser à un événement particulier, ou à un personnage sportif va me brancher. Parce qu’on touche à l’histoire du sport ou du foot.

Tiens, voici 12 juillet et Décalages, les deux livres publiés par Salto qui parlent de foot.

Cool, merci ! Cela me fera de la lecture pour l’avion.

Tout à l’heure, tu parlais de Totti, joueur historique de la Roma, qui a fait 25 ans dans le même club…

À moins de jouer jusqu’à 45 ans, c’est trop tard pour moi !

C’est sûr ! Mais tu sens des joueurs à Lille qui ont cet attachement au club, qui y sont depuis toujours ?

Chez les jeunes joueurs, formés au club, oui. Il y a un petit jeune, Martin Terrier. Il est de la région, du cru. Il joue au club depuis plusieurs années, et tu sens qu’il est très attaché au club. D’autres sont aussi très attachés au club, car ils y jouent depuis longtemps, comme Mavuba, Béria. En huit ou neuf ans, ils ont connu le doublé de 2011, l’ancien stade, le Grand Stade… Ils ont un vrai attachement au LOSC.

Après, je pense que c’est difficile d’avoir une carrière à la Totti, surtout à ce niveau. T’imagines ? Tu passes toute ta carrière dans un club comme la Roma, ça veut dire que tu as été performant pendant toutes ces années pour mériter ta place. Et puis, le club l’a soutenu à certains moments, a voulu le garder. C’est pour cela que c’est difficile, aujourd’hui, d’avoir une carrière comme celle de Totti. Cela dépend du joueur, qui souhaite rester au club, mais aussi au club, qui fait tout pour le conserver. Il y a un moment où Totti pouvait partir au Real Madrid, mais il est resté à Rome. Ce qui veut tout dire… Mais je pense qu’on le verra de moins en moins.

On parle souvent de l’Italie, de l’Angleterre, de la ferveur qui peut y avoir dans ces pays. Comment tu sens l’ambiance autour du foot en France ? Est-ce qu’il y a une culture foot chez nous ?

C’est difficile à dire. Il y a une culture foot propre à chaque ville. À Istres, c’était un tout petit club, donc autant dire qu’elle n’existait pas.

À Reims, déjà, on sent une certaine passion autour du Stade de Reims. Les gens, même en dehors du foot, te parlent du club, de l’histoire.

À Lille aussi. Enfin, c’est différent à Lille. C’est une grande ville, donc beaucoup de monde parle de football. Mais dans les rues, c’est assez tranquille. Au final, peu de Lillois me reconnaissent quand je me promène. Ce qui est assez cool !

Mais en France, tu sens surtout la ferveur, l’ambiance, dans les villes populaires comme Marseille ou Saint-Étienne. C’est moins le cas ici.

Je ne peux pas trop comparer avec l’étranger car je n’y ai pas vu beaucoup de matchs, et n’y ai pas joué. J’aimerais y aller un peu plus souvent, mais bon, le calendrier de nos matchs coïncide avec celui des autres pays donc c’est difficile.

Mais à la fin de ma carrière, je me ferai sûrement un tour des stades. Ça serait un vrai kiff !

Mais peut-être que j’aurais, plus tard, l’opportunité de jouer dans un club étranger, et que je pourrais y découvrir une autre culture.

Tu me reposeras la question à ce moment !

Carrément, je te reposerai la question avec plaisir ! Tu as donc joué au Stade de Reims, club historique et mythique des années 50. Tu sentais le poids de l’histoire ? Vous parliez un peu de Kopa, de Fontaine, de Batteux ?

Nous joueurs, on en parlait peu. Cette époque était bien trop lointaine pour qu’on en parle tous les jours. Mais le club, oui. Le club, la direction, cultive cette histoire. Ce qui est normal. Pour les supporters aussi, l’histoire est très importante. Beaucoup d’anciens venaient assister aux matchs. Moi, par curiosité, je me suis intéressé à ce qui s’était passé au Stade de Reims, à Kopa, à Albert Batteux.

Et puis j’ai eu l’occasion de rencontrer et saluer Raymond Kopa à deux ou trois reprises. C’est le premier ballon d’or français quand même ! Un joueur qui a marqué le stade de Reims, le Real Madrid, l’équipe de France…

Parfait, merci Nico. À l’année prochaine ?

Oui, avec plaisir !

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