Le blog Salto

Lapalissade s’il en est, la fin du mois de décembre est une période propice aux bilans et aux festivités. Les Éditions Salto vont profiter de leur pirouette pour se retourner un instant, et faire une sorte d’analyse d’après-match en tentant d’éviter les poncifs du style (« Seule la victoire compte », « Il a été meilleur que moi, c’est tout », « On fera les comptes à la fin de la saison », etc.).

Et pour nous, cette année 2015 a forcément une saveur particulière, puisqu’elle restera à jamais la première.

Nous voilà bien installés sur la Place aux Herbes de Méjannes le Clap, village gardois où le sport a toute sa place grâce à un cadre naturel exceptionnel (rivière à proximité, garrigue, etc.), aux superbes installations sportives de l’Espace Gard Découvertes, à la Grotte de la Salamandre et aux nombreuses initiatives amatrices et associatives. Peut-être y a-t-il dans sur les bancs de l’école méjannaise le futur Nicolas de Préville, jeune footballeur qui a tapé ses premiers ballons sur le terrain irrégulier et escarpé du Champs de Mars, et qui fait désormais le bonheur du mythique Stade de Reims ?

Dans notre bureau méjannais, nous avons fait naître le premier bébé Salto : Des Bleus à la belle étoile, écrit par Antonio Pereira. Grâce à ce roman, nous avons ri, nous avons réécrit l’histoire et nous avons regardé avec un œil particulier le parcours du XV de France à la Coupe du monde de rugby. Nous avons aussi essuyé les plâtres et avons découvert les premières difficultés du métier d’éditeur. Il y a eu des nuits blanches, des moments de tension. Mais nous avons pris du plaisir. Et nous espérons que nous en avons donné.

De notre bureau méjannais, nous avons observé le monde. Et à la manière des personnages du Café des sports de Casteljaloux mis en scène par Antonio Pereira, nous avons commenté. Nous avons été affectés par l’accident d’hélicoptère qui a coûté la vie à la navigatrice Florence Arthaud, du boxeur Alexis Vastine et de la nageuse Camille Muffat. Nous avons été touchés par le décès du pilote automobile Jules Bianchi, neuf mois après un accident lors du Grand Prix du Japon : le premier accident mortel en F1 depuis Ayrton Senna. Le 18 novembre, Jonah Lomu, le plus grand des rugbymen nous a quittés, victime d’un arrêt cardiaque. Le plus grand, oui. Et pourtant, il n’avait jamais gagné la Coupe du monde. Parce que le talent parfois vaut tous les titres du monde…

De notre bureau méjannais, nous avons aussi parlé de la France, de Charlie, du 13 novembre, d’état d’urgence, d’élections, de réfugiés. Parce que nous nous faisons « une certaine idée de la France », nous parlons de sa culture, de sa littérature, de sa langue. Et par le biais de Salto, nous tentons de rendre hommage à tout cela. Et nous tenterons de nous rappeler des bons moments.

Parce que nous devons aussi retenir le positif. Les marches républicaines du 11 janvier en France, par exemple. Le prix Goncourt de Mathias Esnard pour son roman Boussole, aussi. La grande messe du Pape François aux Philippines. Ou l’extraordinaire année du tennisman Novak Djokovic.

Et plus proche de nous, retenons avec joie la naissance des Éditions Salto, et la parution de leurs premiers livres, qui ont été l’occasion de belles histoires et de belles rencontres. La rencontre avec nos auteurs d’abord, Antonio Pereira, David Xoual et Thomas Roussot, que l’on ne présente plus et que nous ne remercierons jamais assez pour leur confiance. Avec Nicolas Grenier et Mathilde Denanot avec qui nous sommes déjà engagés et qui nous feront remonter le temps. Que de belles collaborations… Citons aussi Rémi, graphiste de talent qui a créé notre beau logo et l’univers graphique de Salto ; Julie, notre maquettiste qui a mis en page nos trois livres ; Frédéric, de Écrire le sport et des Éditions Myths, pour qui le décalage est un art ; notre imprimeur tchèque Pbtisk ; la Maison de la Presse de Saint-Ambroix et la librairie Sauramps d’Alès, qui ont épaulé les premiers mois de notre espace librairie ; Julien et Marie de Chaki, qui ont réalisé notre beau site Internet ; et nos consigliere Nicole et Fred, sans qui Salto n’aurait peut-être jamais vu le jour. Merci à eux, donc. Et merci à vous, qui avez lu ou offert nos livres. Merci à vous, qui nous suivez.

Et rendez-vous en 2016, pour une année tout aussi riche, où les livres de Salto se liront sur papier et au numérique. Où la France accueillera l’Euro de foot. Où le monde sportif fera de Rio de Janeiro sa capitale, pour des JO festifs et ensoleillés. Où nos auteurs seront lus, toujours plus.

Double salto et bonne année !

  1. et J.



14 décembre 2015 : la fin de l’année approche, Noël également. Et dans la grande course aux cadeaux, nous sommes dans la dernière ligne droite. Certains sprinteurs ont réussi leur échappée et sont tout proches de la ligne d’arrivée. Le peloton est plutôt bien placé, ni fanfaron, ni résigné. Quant aux retardataires, gageons qu’ils relisent, comme chaque année, la fable de La Fontaine Le lièvre et la tortue. 

Pour ceux qui n’ont pas encore eu le plaisir de suivre les péripéties des joueurs du XV de France, n’hésitez pas. Des Bleus à la belle étoile est encore disponible. Nous avons tous un oncle, un grand-père, une cousine ou un fils amateur de rugby, qui se délectera des (més)aventures de ces Bleus que l’on aime critiquer. Et si l’on croit à la magie de Noël, on se laissera facilement emporter par les mots légers et passionnés de Antonio Pereira, qui nous fait rêver à une étoile de champion. On aura envie de croire au retour du capitaine « Titi » Dusautoir qui a récemment annoncé sa retraite internationale, à un haka magique contre les All Blacks, et à une fin moins tragique que le 62 à 13 infligé  par ces Néo-Zélandais.

D’autres attendent avec impatience de découvrir Vladimir, jeune joueur de tennis formé par un entraîneur aux méthodes peu académiques qui le poussent à se dépasser. Ensemble, ces deux êtres remettront en cause le circuit professionnel du tennis, système hostile, symbole d’un monde tout aussi hostile. C’est Thomas Roussot qui offre avec Le lob du destin un roman où sport, réflexion philosophique et critique sociale s’entremêlent brillamment. Ce roman est en vente dès aujourd’hui, et sera livré chez vous courant janvier.

Également attendu pour le mois de janvier (et en vente aujourd’hui), Du lierre dans le bitume est un roman au titre énigmatique. Par la finesse et la précision de sa plume, l’auteur nous présente des personnages bouleversants de réalité. Avec David Xoual, nous plongeons dans les abîmes du basket universitaire américain, antichambre de la NBA : un monde de passion(s), de fête(s), d’ambition(s), de violence(s)…

Et dans les prochains jours, nous reviendrons vers vous avec une surprise… À suivre !



Sans superstition…

Ce vendredi 13 novembre était un vendredi normal, sans superstition. Cette soirée était une soirée normale, à la maison, passée entre amis. Les enfants jouaient sereinement, et nous les surveillions d’un œil distrait, tout en parlant de choses et d’autres. Paris fut même au centre de l’une de nos discussions. Bref… Un vendredi soir normal.

Casting alléchant et chantage, comme un film de Soderbergh

Je n’avais même pas imposé à nos hôtes la diffusion du match France-Allemagne. Et pourtant, c’était une partie que je voulais voir. Comme j’attends la sortie d’un film de Steven Soderbergh, au casting souvent alléchant, j’attendais ce match, amical, entre les Bleus et leurs meilleurs ennemis (avec l’Italie, avec l’Angleterre). 33 ans après Séville 82, 1 an et demi après le quart de finale de Rio, j’avais envie de me délecter devant les passes soyeuses de Toni Kroos, les trois poumons de Bastian Schweinsteiger, les interventions du gardien-libero Manuel Neuer et les courses étranges et efficaces de Thomas Müller. J’avais envie de voir le comportement de l’attaque française en l’absence de Benzema et Valbuena, ses deux éléments phare, pour une pathétique histoire de sextape et de chantage, digne de Sexe, Mensonge et Vidéo (de Soderbergh, tiens). J’avais envie d’admirer nos jeunes, insouciants et si talentueux : Griezmann, dont les larmes contre ces mêmes Allemands avaient marqué les supporters il y a un an ; Varane et Pogba, 22 ans et déjà leaders à Madrid et Turin ; et les révélations Coman et Martial, symboles d’un marché du foot qui dépasse parfois l’entendement. J’avais envie d’assister au retour d’anciens bannis : Ben Harfa, Gignac, Lassana Diarra, preuve que la patience (aidée par le travail et le talent) est parfois récompensée.

Bref… J’en avais envie. Mais je n’en fis rien.

Nos jeunes enfants montrant des signes évidents de fatigue, la soirée se termina relativement tôt. Je pris mon téléphone afin de regarder le score, et lus que le Président François Hollande, présent au Stade de France, avait été évacué suite à des explosions aux abords du stade. Rien de plus. Rien d’alarmant. J’ouvris ensuite Facebook et Twitter. Des messages de mes contacts et amis parisiens commençaient à parler de fusillade, dans le quartier de République…

La suite, tout le monde la connaît. Des attaques, une prise d’otage, 130 morts, 300 blessés, des attentats revendiqués, la sidération, la peine, la colère, le deuil. Les larmes. Et les hommages.

Série B,  West Point et Wembley

L’hommage du monde du sport, notamment. Annulées dans la région parisienne, des rencontres sportives se sont déroulées, un peu partout en France et dans le monde. Des stades de Série B (deuxième division italienne de football) à la finale de la FedCup de tennis, des terrains de rugby du Sud-Ouest français à l’équipe de football américain de la prestigieuse école militaire de West Point, des manifestations de soutien à Paris et à la France ont eu lieu. L’Italie et l’Angleterre, nos rivaux sportifs traditionnels et historiques, ont multiplié les signes de soutien et de compassion. Mardi soir, l’hommage de Wembley a été poignant. Cette Marseillaise aux paroles guerrières parfois destinées à nos meilleurs ennemis anglais a revêtu un caractère unique.

Aujourd’hui, j’ai eu envie d’écrire. Au nom des Éditions Salto. Au fond, qu’est-ce qu’un salto ? Un saut. Une pirouette. Il symbolise le mouvement, le refus de l’immobilisme, le besoin de bouger, pour retomber sur ses pieds. Il symbolise la recherche du plaisir et de l’esthétique. Il symbolise aussi la prise de risque. Ce n’est d’ailleurs pas anodin qu’il soit également appelé « saut périlleux ».

Un salto, plaisir minuscule

Un salto est une figure aussi belle (s’il est bien exécuté bien sûr) qu’inutile. Peut-être est-elle belle parce qu’elle est inutile, futile. Mais non. Ce n’est pas futile. Le salto relève du domaine du jeu, de l’agréable, de l’indispensable donc. Il divertit. Il impressionne. Nous en avons besoin pour continuer à vivre. Pas de salto, mais de ces petits plaisirs qui, s’ils n’apparaissent pas comme indispensables, sont essentiels. Boire un verre en terrasse, aller à un concert ou à un match de foot.

Jonah Lomu et Ulysse

Les Éditions Salto continueront à éditer des livres (qui en doutait ?), à en lire, à parler de sport, à « faire » de la littérature. Nous continuerons à nous émerveiller devant les revers de Federer, à nous extasier à la lecture des vers d’Apollinaire, à nous souvenir des exploits du plus grand des rugbymen Jonah Lomu, qui nous a quittés cette semaine, à galoper sur le cheval de d’Artagnan, à nous indigner face à l’injustice d’une erreur arbitrale simplement humaine, à découvrir avec admiration l’ingéniosité d’un Ulysse, d’une Shéhérazade ou d’un Sherlock Holmes.

Les Éditions Salto continueront de faire vivre les envolées rugbystiques de Antonio Pereira et Des Bleus à la belle étoile, suivront les pérégrinations tennistiques et philosophiques de Thomas Roussot et de son Lob du destin, se plongeront dans le monde méconnu du basket universitaire américain de David Xoual avec Du lierre dans le bitume, tout en prenant le temps de parler foot dans Décalages avec leurs amis d’Écrire le sport et des Éditions Myths.

Parce que même si le saut est périlleux, nous finirons par retomber sur nos pieds.